La jeunesse et l’espérance

L’espérance est une petite fille, qui s’avance entre ses deux grandes sœurs, la foi et la compassion, et on ne prend pas seulement garde à elle (Charles Péguy).

Qu’est-ce que l’espérance ? Et est-ce la même chose que l’espoir ?

Pas tout à fait !

Espoir et espérance

Pour préciser la définition de ces deux termes, de ces deux attitudes, on peut raisonner par les contraires :

Le contraire de l’espoir, c’est le désespoir. Une fois l’espoir déçu, il ne reste que la tristesse, le désespoir. Le contraire de l’espoir c’est le désespoir.

Le contraire de l’espérance, c’est la peur. La peur, ça ne se commande pas, ça ne se maîtrise pas par la seule volonté. Alors comment l’éviter, comment être dans l’espérance, puisque c’est aussi cela, être un bon chrétien ?

Essayons d’explorer quelques pistes.

Être un peu idéaliste

Avoir l’espérance, tout d’abord, c’est quand même être un peu idéaliste. C’est même être un peu dans l’utopie. Car enfin, si l’on prend littéralement les grands commandements que Jésus disait de respecter en priorité (tu aimeras Dieu de toutes tes forces, et tu aimeras ton prochain comme toi-même), si on les prend littéralement c’est-à-dire comme une promesse (tu aimeras), on a une vision de l’avenir qui donne un peu le vertige. Personnellement j’y crois, à cette promesse, mais c’est bien à contre-courant de ce qu’on nous décrit jour après jour, semaine après semaine. La violence, la haine, la corruption …

Et d’ailleurs l’idéalisme, c’est un gros mot. On sent bien que se faire traiter d’idéaliste n’est pas un compliment ! Tandis que le réaliste, ça c’est quelqu’un sur qui on peut compter !

Donc, avoir l’espérance, c’est être un peu idéaliste.

Avoir des convictions

Oui, mais si on n’est pas idéaliste ?

Tout le monde n’a pas d’aptitude à l’utopie ! Tous ceux qui se disent « réalistes », notamment.

Eh bien si on n’a pas d’idéalisme, on peut au moins avoir des convictions. Avoir des convictions, c’est être capable de dire « voilà ce que je crois, voilà pourquoi je crois ». Et de le dire paisiblement et avec le sourire.

Paisiblement et avec le sourire, car si on le dit de façon péremptoire, là on n’a pas des convictions, on est simplement intolérant.

Avoir du courage

Et si l’on n’est pas idéaliste et que l’on n’a pas de convictions ?

Après tout, on peut avoir de bonnes raisons de douter de tout, au moins à certains moments de son existence. J’ai un jour entendu un pasteur dire un peu tristement « Quand tu as construit ton existence sur la parole de Dieu et qu’à un moment tu n’entends plus rien, c’est dur, c’est le désert ». Donc, ça peut arriver, qu’on n’ait ni idéalisme, ni convictions.

Que faire dans ce cas-là ? Abandonner l’espérance ? Dante disait, dans La divine comédie « vous qui entrez, abandonnez toute espérance ». Doit-on s’y résigner ?

Bien sûr que non : si l’on n’a pas de propension à l’idéalisme, et si nos convictions fléchissent, il nous reste à avoir du courage, simplement du courage, et notre pasteur cité plus haut, c’est bien ce qui lui reste, le courage.

De même, rappelons-nous le premier aveugle guéri par Jésus. Il est dans cet état d’esprit, il n’y croit plus, il ne demande rien, il n’appelle pas Jésus à l’aide. Il se laisse juste amener par ses compagnons. Il n’a plus d’espoir mais il est toujours dans l’espérance, car il n’a pas peur. Il suit Jésus hors du village, se laisse guider, se laisse soigner, il a du courage, et c’est ce courage qui le maintient dans l’espérance.

Le contraire de l’espérance c’est la peur.

L’espérance. Qu’est-ce qu’on en disait, tout à l’heure ? L’espérance, cette petite fille qui se lève tous les matins et nous donne le bonjour, le bon-jour, celle qui vacille au souffle du péché, mais qui reste fidèle, droite, pure.

5 réflexions sur “La jeunesse et l’espérance”

  1. l’espérance c’est une mise en route, ça se partage, se communique… je pense au dernier numéro de Réforme : Lutter contre les comportements blessants, il suffit d’une personne qui « espère … » pour enclencher une ouverture , il y a enfermement et mise en danger de la personne blessée si tout autour le silence est maintenu.

  2. Merci pour cet exposé que je viens de transmettre à des amis qui se demandaient ce qui différenciait les deux idées. Juste une remarque à propos de la citation de Dante dans le chant III de l’Enfer. Il ne s’agissait pas, de la part du guide, d’inciter le visiteur à « abandonner toute espérance ». Il me semble que c’était plutôt une constatation: dans ce vestibule de l’enfer, il n’y avait plus rien à quoi se raccrocher. C’était l’obscurité et cependant il fallait la traverser, même sans espérance. N’est-ce pas là le courage véritable, continuer à vivre, même sans espérance? peut-être, me direz-vous, parce que la vie est elle-même espérance même si on se refuse à l’admettre?

  3. Merci à tous (toutes, plutôt !) de vos commentaires. Article après article ils nous apportent un soutien, ils nous instruisent, merci vraiment.
    Gilles, Anne-Marie, Élise, et d’autres auteurs occasionnels.

  4. il y a un pasteur Wagner (c’est vieux!) qui a écrit « l’Homme est une espérance de Dieu » et non pas simplement et uniquement Dieu est une espérance de l’homme Ces mots immenses ,ce renversement de perspective ,rappellent qu’une prédication ne saurait accabler ses auditeurs ,mais qu’elle doit les encourager ,les porter et les aider a vivre

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