Le credo

La prière appelée « Credo » (verbe latin qui signifie « je crois »), souvent appelée « Symbole des Apôtres » a de moins en moins de succès dans les cultes protestants. Mais elle se dit encore parfois. Pourquoi ? Et d’abord, qu’est-ce que le credo ?

Le texte

Il existe une multitude de « credo », une multitude de façons de dire sa foi, de dire ce à quoi l’on croit. Il faut reconnaître et accepter ce désir individuel de clarification, parfaitement légitime.

Et une infinité de façons de croire amène à une infinité de façons de dire sa foi, rien de plus normal.

Là où le bât blesse, c’est qu’il vient souvent un moment où se fait jour une tentation « universaliste » : il faut que tout le monde adopte ce Credo !

Différentes déclarations de foi

La plus ancienne

La plus ancienne version qui nous soit parvenue date de 165. Elle est d’une simplicité bienvenue :

« Je crois en Dieu le Père de toutes choses et le Seigneur,
Et en Jésus-Christ notre sauveur, crucifié sous Ponce Pilate,
Et au Saint-Esprit qui a prophétisé par les prophètes ce qui concernait le Christ. »

C’est la plus simple, 35 mots.

La plus longue

À l’autre extrémité, on a le symbole d’Athanase. Il fait près de 700 mots et se termine, de façon peu charitable, par « Telle est la foi catholique : si quelqu’un n’y croit pas fidèlement et fermement, il ne pourra être sauvé » ! Rappelons que « catholique » veut dire, en principe, « universel ».

Athanase (dit « Le Grand » !) était évêque d’Alexandrie d’environ 330 à 370, période troublée s’il en fut. La conversion de Constantin date approximativement de 330. À cette époque, les querelles entre chrétiens atteignaient des sommets, avec des conciles répétés, des excommunications mutuelles, une hostilité déclarée entre les églises d’Antioche, Constantinople et Alexandrie. On imagine qu’il était important de publier un texte qui soit comme un signe de reconnaissance.

Le consensus

Une sorte de consensus s’est établi aujourd’hui sur un texte appelé « Symbole des Apôtres« , 160 mots. On dit qu’il vient des douze disciples de Jésus-Christ (1), et représente donc la parole de Dieu. Notons que le mot « symbole » vient du grec et signifie « signe de reconnaissance ».

Ce « consensus » date du IVème siècle et il n’est pas sûr que sa récitation soit aujourd’hui autre chose qu’un geste machinal, nous y reviendrons.

En résumé, on trouve maintenant deux textes « officiels » :

  • le symbole de Nicée-Constantinople (on peut le lire en cliquant ici)
  • le symbole des apôtres, qui aurait été transmis directement par les apôtres (si on veut le consulter, on peut cliquer ici)

Un sentiment d’appartenance

Au cours des siècles, de très nombreux textes ont été utilisés au titre de Confession de foi, certains avec pour seule ambition de tenter d’expliciter la propre foi de leurs auteurs, d’autres clairement pour « unir » ceux qui les récitent en créant un sentiment d’appartenance.

Chacun est légitime à expliquer sa foi de la manière qui lui convient. Qu’il nous soit permis de citer, à titre d’illustration, un texte élaboré par un groupe de personnes en région Centre. Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres mais il est tout à fait inspirant :

  • Je crois en la valeur de tout homme
  • Je crois à la rencontre toujours possible de l’Autre
  • Je crois en l’amour présent dans l’homme
  • Je crois que l’amour, qu’il vienne de Dieu ou de l’homme, a besoin des hommes
  • Je crois que je suis unique, maillon irremplaçable
  • Rien de moi ne se perd, ni le bien ni le mal
  • Je crois que l’homme est en devenir : chenille puis papillon
  • Je crois que ce devenir s’inscrit dans un mouvement de mort et de résurrection
  • Je crois en l’éternité vécue dans l’instant
  • Je crois que le témoignage et l’expérience révèlent et prolongent le mystère
  • Je crois en la transmission d’un regard d’amour sur le monde

Ceci étant dit, les églises réformées élaborent et publient, de loin en loin, des confessions ou déclarations de foi (1). De même, la plupart des liturgies du culte réformé incluent une confession de foi, et il n’est pas si rare que cela que l’officiant du jour fasse réciter le symbole des apôtres à cette occasion. Et on peut réfléchir aux raisons qui amènent à prendre cette décision.

Que dit le Symbole des Apôtres ?

Le texte est relativement connu et on peut le consulter en cliquant sur le lien cité plus haut. On note quand même que, sur douze versets, la moitié concernent Jésus-Christ dans sa version purement paulinienne : il est né, il est mort et il est ressuscité. On ne dit rien de sa vie, de son enseignement, de ses miracles, etc. N’oublions pas le fait qu’il a été rédigé au IVème siècle, dans le but de résister aux « hérésies », surtout aux idées d’Arius, qui enseignait (pour simplifier) que Jésus était homme et non pas Dieu. Et donc, à cette époque, on peut comprendre l’urgence de démontrer la divinité de Jésus : une naissance miraculeuse (comme d’ailleurs celle de plusieurs divinités grecques), et une résurrection et une élévation aux cieux pour régner à la droite de Dieu. Mais aujourd’hui bien sûr, cette urgence n’existe plus.

Pourquoi réciter (ou faire réciter) le credo ?

L’utilisation, au cours d’un culte, de ce récit-prière peut avoir deux finalités, l’une plus honorable que l’autre :

Créer un effet de groupe

Créer un phénomène de groupe en invitant les personnes présentes à « dire toutes en même temps la même chose ». Pourquoi pas, si ça marche ?

L’ennui est que de moins en moins de gens se mettent effectivement à le réciter. Est-ce parce qu’ils ne le connaissent pas, notamment les jeunes générations ? Peut-être, mais ce peut être aussi parce que ces paroles ne sont plus audibles aujourd’hui. Pour ma part, je connais plusieurs personnes qui, lorsqu’on entame cette récitation, disent, en forme de boutade, « croiser mentalement les doigts derrière leur dos pour conjurer le mauvais sort » ! C’est une plaisanterie, bien sûr, quoique

Alors, l’effet de groupe ne se produit pas, ou pas vraiment.

Imposer un conformisme

Depuis plusieurs décennies, beaucoup de gens se sont éloignés de la pratique de leur foi parce qu’ils ne se reconnaissent pas dans les paroles de certaines prières et de certains cantiques. Nous le savons bien, une phrase sévit plus ou moins dans nos églises, phrase dommageable à beaucoup de points de vue : « si on ne croit pas ça, c’est qu’on n’est pas chrétien » !

En réponse à cette affirmation un peu violente, on peut méditer cette critique émise en 1861, par John Loughborough, fondateur du mouvement adventiste :

  • le premier pas vers l’abandon de la foi est d’élaborer un credo qui définit ce qu’il faut croire.
  • le deuxième est de constituer ce credo en signe d’union.
  • le troisième est de l’utiliser pour distinguer les véritables membres des non-membres.
  • le quatrième est de déclarer hérétiques ceux qui n’y croient pas.
  • le cinquième est de déclencher une persécution contre eux.

On n’en est évidemment plus à persécuter ceux qui ont un credo différent, mais on peut voir, de temps en temps, un officiant utiliser le Symbole des Apôtres pour bien marquer que « c’est cela qu’il faut croire ». Mais ce texte, non biblique il faut le rappeler, a malheureusement un effet pervers : décourager ceux qui voudraient vivre une foi crédible.

Ce que l’on constate, c’est que la distance s’accroît entre les fondamentalistes autoritaires, qui sont peut-être en train de prendre le pouvoir dans les Églises, et les libéraux qui, tout simplement, ne viennent plus.

(1) l’exégèse moderne conteste bien évidemment l’historicité de cette origine.

N.B. : voir aussi « Les déclarations de foi protestantes » et, dans ce blog, « La troisième voie« 

4 réflexions sur “Le credo”

  1. Quand j’étais prédicateur, j’utilisais souvent dans mes cultes une très belle confession de foi proposée par Pierre-Yves Ruff. Je n’ai jamais supporté le symbole des apôtres et j’avais beaucoup de mal aussi avec la confession du péché. Pour moi, ce sont les symboles de l’obscurantisme et une forme de violence institutionnelle. Et effectivement, j’ai fini par quitter l’institution, dégoûté. Je continue cependant de me nourrir de la Bible, dont la richesse m’apparaît multipliée depuis que j’ai donné une définition à Dieu – sacrilège ultime !

    • Entièrement de votre avis !
      Quant au « sacrilège ultime », j’ai quant à moi écrit tout un livre pour expliquer quelle est ma conception, ma définition de Dieu, et … ça m’a fait comprendre beaucoup de choses.
      Amen.

    • Le nécessaire et l’utile ce n’est pas ce que l’on croit mais ce que l’on cherche. la foi ne consiste pas à s’enfermer dans une croyance mais de se mettre en route pour de nouvelles découvertes. les credos enfermé dans l’illusion d’une fidélité à Dieu. Jésus ne récite aucun credo. Le credo peut devenir une forme d’idole s’il est pensé comme indispensable au salut. quand j’assure un culte j’essaie de l’éviter ou de le présenter comme une interrogation et pas comme une affirmation

  2. Merci Gilles !
    Très intéressant.
    Oui, Jésus n’a pas « fait  » de credo.
    et j’aime ce qu’a dit le fondateur des adventistes

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