Le Dieu pervers et la névrose chrétienne de culpabilité

Le Dieu de Jésus le Christ est assurément bien loin de ce dieu pervers et tout-puissant, générateur de névrose et de culpabilité.

Un Dieu pervers qui juge

L’Église romaine a longtemps prêché un Dieu plus juge que vraiment miséricordieux, très loin du Dieu Abba de Jésus Christ. La justice de ce dieu apparaissait comme une sorte de vengeance qu’il faisait peser sur son Fils Jésus. Celui-ci qui recevait une punition impitoyable, à la place des hommes qui l’avait offensé par une soi-disant désobéissance originelle.

Onéreuse rédemption ! Mais l’Église continuait à affirmer que seul un petit nombre d’élus seraient sauvés. Car l’humanité entière méritait l’enfer du fait de ce péché originel.

Chaque péché était une injure à Dieu et le blessait gravement. Le chrétien devait s’humilier passivement pour pouvoir plaire à Dieu. De plus, il devait bannir toute distraction et tout plaisir , notamment sexuel, car cela l’éloignait de Dieu.

Devant ce dieu sévère, la position du chrétien était foncièrement masochiste. Il devait se soumettre, s’humilier et se punir pour ses péchés. Tout dans la prédication de l’Église contribuait à accroître la culpabilité inhérente à l’être humain doué de conscience morale. La confession répétée des péchés ne parvenait pas à réduire cette angoisse de culpabilité.

D’un côté, le Dieu chrétien qui pardonne pouvait rassurer, mais de l’autre le Dieu juge exigeant provoquait une conscience malheureuse car rien ne pouvait lui échapper : l’œil de Dieu épiait impitoyablement ce pécheur foncier que l’homme était. Même la mort ne permettait pas de lui échapper : l’enfer ou, au mieux, le purgatoire attendait le chrétien dans l’au-delà.

Névrose chrétienne de culpabilité

Par névrose chrétienne de culpabilité, il faut donc entendre cette déviation religieuse collective et individuelle pathologique qui focalise son message sur un péché omniprésent et sur la lutte contre ce dernier. De ce fait, le chrétien est un homme perpétuellement en lutte contre lui-même, s’introspectant dans d’interminables examens de conscience et châtiant son corps par la discipline, l’ascétisme et des mortifications. L’existence humaine lui apparaît comme un combat perpétuel contre un monde impur et corrompu. Ce Dieu persécuteur tel que prêché par l’Église suscite une crainte consciente. Mais aussi, il annonce tout amour, du fait qu’il a livré son propre fils pour nous.

C’est ainsi que toute agressivité est fortement réprimée chez ce chrétien. Son attitude courante sera faite de soumission masochiste, d’obéissance passive et de pseudo-humilité par l’affirmation de son pur néant devant Dieu.

Ambivalence et dette infinie

Dieu suscite une forte ambivalence affective qui fait le lit de la névrose obsessionnelle du fidèle, qui s’épuise dans la lutte de ses pulsions sexuelles et agressives.

Ce dernier épris de pureté absolue se rêve plus comme un ange que comme un homme, toute pulsion souille son âme et il n’attend qu’une seule chose : la mort qui fera de lui « un ange dans le ciel ».

Ce chrétien est perpétuellement en dette vis-à-vis de ce Dieu dévoreur. Et tout plaisir, toute jouissance terrestre, est comme volée à Dieu. Dès lors, il n’y a pas place pour autre chose que la pensée de Dieu et Dieu doit être tout pour lui : s’affirmer, réussir, avoir du plaisir, c’est comme déposséder le Père, le tuer de façon imaginaire selon les lois du psychisme.

Ce Dieu est totalitaire, rien ne doit compter que lui. On aboutit, cette fois encore à une négation de l’humain et de la création pourtant voulue par Dieu. Ce Dieu n’est plus qu’une sorte de « surmoi » hypertrophié, d’autant plus cruel qu’il provient d’un Dieu juge tout-puissant. Les prêtres et autres hommes d’Église se considèrent eux-mêmes comme les porte-paroles de ce Dieu plus jaloux que miséricordieux. Les traces laissées par cette prédication sont durables ; c’est, selon moi, une explication à la désaffection actuelles des occidentaux envers le christianisme : celui-ci est mortifère et son dieu n’est en rien le Dieu de Jésus Christ.

Lien vers l’auteur : Michel Leconte

2 réflexions sur “Le Dieu pervers et la névrose chrétienne de culpabilité”

  1. Un billet court, mais très riche en pistes de réflexions. L’une d’elles est de revenir au point de départ, Genèse 1.
    L’affirmation selon laquelle « Dieu créa l’homme à son image » implique que Dieu est lui-même un être faillible, enclin à la violence, dominé par la colère. C’est d’ailleurs l’image qui en est donnée tout au long de l’Ancien Testament.
    Or, c’est la faillibilité et l’imperfection mêmes de Dieu qui rendent possible sa grâce : comment pourrait-il refuser de pardonner ses errements à une créature qui est sa si fidèle image ? Et justement, c’est la grâce qui est le pivot entre le Dieu sombre de l’AT et le Dieu émancipateur prêché par Jésus.
    Là où les oeillères de l’Eglise maintiennent le regard des fidèles rivé sur cette face sombre, le souffle puissant des évangiles nous invite à voir en Dieu ce père qui souhaite voir grandir ses enfants et révéler enfin la lumière qui brille en eux, à l’image de leur créateur.
    « Je suis le chemin, la vérité et la vie » résume toute l’ambition de Jésus, nous donner la force de chercher la vérité par nous-mêmes, rejetant les faux prophètes et les idoles.
    Or, la névrose ne saurait résister à la vérité.

  2. Ce Dieu pervers magistralement décrit ici est le dieu inventé par les religions et tout particulièrement par l’église romaine. L’humain est ainsi fait qu’il crée et se dirige vers ce Dieu c’est pourquoi on le retrouve avec quelques différences dans toutes les religions. Il me semble qu’il faut dépasser ce procès envers Dieu même s’il est juste pour avancer. Ce Dieu inventé n’existe pas. Alors n’en parlons plus. La première étape pour le croyant est de se débarrasser de ce Dieu là, en faire le deuil. C’est la plus difficile pour celui qui a cru à ce Dieu avec le soutien de ses coreligionnaires.. Mais elle est indispensable pour aller plus loin et se saisir d’une conception autre de ce que peut-être le divin. Cette nouvelle conception ne peut-être que le départ d’une religion nouvelle. Il n’y a pas d’aménagement possible de la religion chrétienne telle qu’elle se présente actuellement. Les institutions, les dogmes, les rites , les clercs sont appelés à disparaitre.Ceci ne signifie pas la fin de toute spiritualité. Celle-ci sera différente. Elle ne sera pas religieuse.Ne nous lamentons plus sur les travers de la religion actuelle et sur ses croyances afin de retrouver une liberté entière pour chercher, comprendre, imaginer…

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