Et si Jean-Baptiste n’était pas mort prématurément ?

L’évangile de Marc nous dit (Mc 1) que Jean le baptiseur accueillait ceux qui venaient à lui et les invitait à la repentance « pour le pardon des péchés ». Ces gens venaient se faire baptiser « pour montrer qu’ils voulaient changer de vie ».

Jean-Baptiste, un judaïsme de conversion

La colère de Dieu

Jean le baptiseur ne prêchait pas seulement un baptême, il prêchait la loi qui devait réveiller dans les âmes le sentiment du péché. Dès lors, ce baptême était véritablement pour elles un baptême de repentance, mot qui désigne non seulement la douleur et l’humiliation du péché, mais le changement de dispositions morales qui en résulte.

Jean est un ascète, il annonce la conversion sur le fond de la colère de Dieu (Lc 3). Il faut se baptiser, dit-il, et adopter une vie fidèle à la Thora.

L’opposition au Temple

Dans son discours, on découvre aussi un homme en opposition violente envers le Temple et la classe sacerdotale. Le pardon des péchés, annonce-t-il, est gratuit. Il n’y a pas de sacrifice coûteux à faire, pas d’offrande à apporter aux prêtres. Il n’est même pas nécessaire de se rendre au Temple. Le pardon de Dieu est accordé gratuitement, à condition de se faire baptiser et de décider de changer de vie.

Il est clair que la classe sacerdotale ne pouvait que vouloir la perte d’un homme qui s’attaquait ainsi à son prestige … et à ses revenus !

Jean-Baptiste a été emprisonné, puis exécuté. L’histoire est racontée dans l’évangile, d’une façon qui en fait une affaire de mœurs autour du roi Hérode et de sa femme, mais j’ai tendance à penser que les motifs sont plus sordides encore.

Un chemin différent de celui de Jésus

Jean le baptiseur a sa propre théologie : la colère de Dieu va s’abattre sur les hommes, il faut se convertir et revenir aux fondamentaux de la loi de Moïse, aux commandements.

Mais Jésus, qui débute son ministère bien avant la disparition de Jean-Baptiste, va opérer, comme on dit, un « changement de paradigme ». Il va présenter, au contraire de Jean, un Dieu aimant, familier au point de l’appeler Abba – c’est-à-dire Papa ! Et, que ce soit dans ses guérisons, dans ses miracles, dans ses paraboles, l’objectif de Jésus est toujours de restaurer l’humanité blessée.

D’abord.

Avant toute autre considération.

Avant l’attachement à la Thora.

L’Église chrétienne

L’Église « chrétienne » des premiers siècles se cherchait. Différentes factions s’affrontaient.

On connaît les polémiques entre Paul, apôtre auto-proclamé, et Jacques, frère de Jésus. On comprend que de nombreux prophètes, auto-proclamés aussi, prêchaient la bonne nouvelle en se réclamant tous de l’homme de Nazareth[1].

Ce qu’elle aurait pu être …

… si Jean-Baptiste avait vécu plus longtemps

Jean le baptiseur était farouchement attaché à la Loi. Mais il voyait que les prêtres se servaient de la Loi de Moïse pour imposer leurs vues et pour assurer des revenus au Temple. Alors, il prêchait une conversion, en quelque sorte sans Temple et sans rituels coûteux. Il disait qu’il suffisait de se repentir, de se faire baptiser (gratuitement) et de vouloir sincèrement changer de vie.

Donc, si Jean-Baptiste n’avait pas été « empêché », on aurait eu un judaïsme pur, non-sacerdotal, attaché aux commandements. Et, en tout état de cause, un rejet du Temple et des sacrifices[2]. Plusieurs textes prophétiques (Esaïe 1:11) affirment d’ailleurs que « Dieu n’a que faire des holocaustes ».

… si Jésus avait vécu plus longtemps

Jésus de Nazareth n’avait rien contre la Loi de Moïse : il enseignait juste que « aimer Dieu et son prochain » était plus important que tout.

Jésus de Nazareth n’avait rien contre  les commandements : il ne souhaitait pas les abolir mais il les énonçait de telle manière qu’ils en devenaient inatteignables. C’est le sens du « on a dit à vos ancêtres que … mais moi je vous dis… ».

Jésus de Nazareth n’avait rien contre  les prêtres, il faisait d’ailleurs partie de cette classe. Mais il les réprimandait quand leurs pratiques faisaient obstacle au soin qu’on doit avoir des malheureux.

Ce qu’elle est devenue …

Jean le baptiseur dénonçait avec vigueur le caractère illégitime du Grand-Prêtre du Temple. Le Grand-Prêtre était illégitime parce que nommé – en contradiction avec la tradition juive de l’époque – par le roi Hérode. Et Hérode était lui-même sans légitimité puisque mis sur son trône par le pouvoir romain. Jean dénonçait tout cela.

Après la mort de Jean-Baptiste puis celle de Jésus, les dissensions ont fait rage.

Elles ne se sont (un peu) calmées qu’au IVème siècle, après la mainmise du pouvoir impérial romain sur la nouvelle religion. Pendant cette période, des auteurs ont permis d’élaborer une doctrine qui a nié les positions, d’une pureté radicale, de Jean-Baptiste (le salut est gratuit, il suffit de vouloir changer de vie) et de Jésus (tu aimeras Dieu et ton  prochain). Cela a abouti à la mise en place un pouvoir clérical qui se manifeste encore aujourd’hui.

Ces auteurs sont légions. Les plus visibles sont sans doute Paul de Tarse, qui ignorait l’enseignement de Jésus et disait qu’on devait se contenter de croire à sa mort et à sa résurrection, et Augustin d’Hippone, qui, par sa théorie du péché originel, a entrainé tout un édifice de rituels sacrés dont personne aujourd’hui ne peut voir la fin.


[1] Galates 1 :9 : « si quelqu’un vous annonce un évangile différent de celui que nous vous avons prêché, qu’il soit anathème ! »

[2] Les textes ne disent pas s’il baptisait aussi les non-circoncis.

2 réflexions sur “Et si Jean-Baptiste n’était pas mort prématurément ?”

  1. Merci pour ta réflexion. Devant cet article je dirai: pourquoi pas, peut-être! Mais il y a un point qui m’interroge: d’où sors-tu que Jésus appartenait à la classe des prêtres puisqu’il n’était pas de la tribu de Lévi? Un seul texte du N.T.,l’épitre aux Hébreux, le dit prêtre « selon l’ordre de Melchisedek ». Que sait-on de ce personnage? Je te renvoie à l’article d’Ariel Alvarez Valdès du 6 janvier 2007 montrant que l’auteur de cette épitre s’est livré à une habile construction intellectuelle pour montrer que Jésus était bien prêtre, puisque le messie attendu devait l’être!

    • C’est exact, je me suis mal exprimé, on ne peut pas dire que Jésus appartenait à la classe des prêtres. On peut dire qu’il était de lignée royale, par Joseph et, de façon plus lointaine, par sa mère, en tous cas c’est ce que disent les évangiles. Et on peut dire qu’il avait vocation à devenir grand-prêtre à la place de « l’usurpateur » qui avait été nommé par Hérode, lui-même roi fantoche mis en place par les Romains.
      C’est peut-être le sens d’un geste du dernier repas, celui de Jésus qui passe le vin à ses disciples car, à Pâques, la tradition juive de l’époque voulait que seul le grand-prêtre soit autorisé à offrir le vin, en plus du partage du pain. Geste plutôt provocateur à l’encontre du grand-prêtre, devant qui Jésus sera amené le lendemain…
      Merci pour ta remarque.
      Gilles

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